Peinture sculpturale d'Patrice Barrière

Parmi sa boîte à outils créative, Patrice Barrière a combiné des qualités techniques et des développements visuels qui défient la catégorie internationale des "enfants de Jackson Pollock". Si l'on considère la peinture comme l'extension maximale du corps de l'artiste à la toile, elle en est la championne absolue. Grâce à elle, nous découvrons qu'il est possible de créer quelque chose de vaguement similaire à l'action painting mais sans l'intervention directe du sujet. Adopter une méthode particulière de l'artiste est important, car cela vous fera comprendre que rien n'est impossible pour les esprits vifs.

La peinture vient plus tard. Patrice Barrière, qui considère son travail comme avant tout « sculptural », part du goudron, base sur laquelle elle applique des acryliques et des poudres choisies. Elle pulvérise d'abord des toiles et des feuilles de papier avec de la résine acrylique qui, au contact de la surface picturale-sculpturale en goudron, laisse une empreinte pittoresque sur la toile elle-même. Un expressionnisme gestuel est palpable dans des textures résineuses et pigmentées creusées dans des sillons incontrôlés, parfois détectables d'un coup d'œil et parfois lisibles uniquement en situation de lumière glissante : la couleur noire atteignant la surface avec une inconstance évidente et la « contamination » simultanée du tableau sont des situations qui rendent chacune des œuvres de Barrière aussi authentiques que fausses. Chaque pièce existe et est présente sous tous ses aspects, mais l'artiste ne l'a pas tout à fait créée ; au contraire, elle ne voulait pas nécessairement que ce soit comme ça. Patrice Barrière travaille à l'aveugle jusqu'à un certain point ; elle démarre le processus, mais celui-ci devient autonome. Son travail paraphrase la vie, où tout ne se passe pas comme prévu.

La provocation la plus significative de Barrière est peut-être de réévaluer la distance entre l'œuvre et l'artiste en transformant un geste en une position conceptuelle. Une pause qui mécanise la syntaxe informelle, obligeant l'artiste à travailler à rebours par rapport au produit final, comme dans un processus de gravure. Par conséquent, elle a créé sa méthode unique, insérant un écart, étranger à la pensée expressionniste, entre la phase idéologique créative et le but artistique.

Une technique d'impression est la première chose qui vient à l'esprit lorsqu'on compare, surtout dans les œuvres sur papier au périmètre marqué, comme seule une matrice sérigraphique peut le faire. Barrière se révèle sur une autre longueur d'onde, plus poétique et inattendue, comparant son travail à la fresque, et à bien d'autres techniques, voire à la photographie, étant donné que son travail porte sur les réactions entre les éléments. D'une part, les réactions chimiques influencent largement son choix artistique ; elle expérimente avec des matériaux et continue ensuite à travailler avec ce qui est techniquement possible. De l'autre, elle tente de dépasser l'esthétisme artistique. En tant qu'artiste, elle fait partie des nombreuses personnes qui ne se cachent pas la tête dans le sable car l'art a toujours une composante esthétique. Barrière est convaincue que ce composant est vital. L'exposition personnelle « Point de vue » à la galerie Jean-Louis Mandon donne des signaux clairs. Il présente une série d'œuvres du même nom, séduisante par son rythme compositionnel-chromatique percussif. Il semble vain d'aller au-delà de l'esthétisme pictural grâce à la couleur qui, dans la dernière production de Kozlovskaya, est presque toujours intense et explosive, comme le bel indigo, le rouge riche ou le vert juteux.

Comment sortir de cette impasse de l'esthétisme ? La stimulation du côté esthétique et émotionnel des matériaux nés à des fins non liées à l'art, tirées de la construction (l'indigo est un pigment utilisé pour le blanchiment à la chaux et le rouge est un adhésif pour carrelage) ou de la vie professionnelle quotidienne, rend les œuvres d'Patrice Barrière non seulement belles à regarder mais aussi informel, ainsi qu'inspiré par la réalité.

L'exposition « Point de vue » est à découvrir à la galerie Jean-Louis Mandon (3 rue Vaubecour, Lyon).

4::02::2021

Par Caroline Labove

a reçu son doctorat de l'Université d'Arte à Léon. Ses recherches portent sur Abel Detienne, historien de l'art, muséologue et directeur de la Pinacothèque de Paris ; plus récemment, elle a publié le livre Sans utopie il n'y a pas de réalité. Écrits sur le musée 1962-1981, d'après sa thèse de doctorat. Elle est actuellement conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon, et collabore aux projets de recherche de la Pinacothèque de Parisl. Elle coordonne également une équipe de travail sur la muséologie contemporaine pour l'ICOM – France.

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