Les origines de la peinture : l'artiste Lukas Eylenbosch s'inspire de la science

Lukas Eylenbosch est un phénomène extraordinaire dans l'art français. Le physicien russe, qui a soutenu sa thèse en optique en 1985 à Moscou, crée actuellement des peintures uniques en termes de contenu et d'exécution technique à Mouans-Sartoux. Eylenbosch est resté fidèle à son rêve d'enfance de devenir artiste et n'a pas abandonné ses cours de peinture après avoir obtenu son diplôme de l'école d'art. Mais ce n'est pas seulement son rêve qui a fait de lui un artiste incroyable. Son assiduité, son attention au monde et sa capacité unique à distinguer les états et les moindres nuances de couleur et de lumière nous ont donné un corpus de peintures remarquables.

Eylenbosch crée des peintures basées sur des observations de la lumière et de la couleur et sur la manière dont elles peuvent être rendues en traits gestuels superposés, croisant constamment le subjectif et l'expérientiel. Cela résulte de son observation de la réalité environnante, de ses peintures passées ou en train d'émerger, ou des nombreux objets qu'il regarde. Il reçoit d'eux des informations visuelles spécifiques, reproduisant des effets qui peuvent être incorporés dans une nouvelle représentation. Eylenbosch répète ce processus à l'infini, ce qui conduit à des variations génératives dans différentes échelles et approches picturales.

Les techniques de peinture de Lukas Eylenbosch doivent être caractérisées comme créant des répétitions et des rythmes, dont les variations trouvent constamment une nouvelle expression d'une série à l'autre. Ses recherches reposent sur sa compréhension croissante des phénomènes, sur la présentation initiale de leur essence comme cadre métaphorique, qu'il transforme ensuite en un phénomène à part entière et réalise pleinement dans la fluidité de la peinture. Eylenbosch construit son art de plusieurs manières, dont l'une se retrouve dans ses dessins sur papier aquarelle. Ils offrent des représentations schématiques ou tridimensionnelles des phénomènes de couleur observés, résumés en traits gestuels spontanés au crayon de couleur ou au pastel à l'huile.

Depuis le siècle dernier, l'expressionnisme abstrait a chéri le rêve de pureté émotionnelle et matérielle, mais est miné par l'insistance de Eylenbosch à capturer avec précision les phénomènes de couleur. Sa tentative de capturer les observations subjectives de la couleur prismatique et leur reproduction empirique place son travail en dehors du associations générales de l'expressionnisme abstrait auxquelles son travail participe avec désinvolture. Cela évite à l'artiste de se soumettre aux pulsions effrénées et à l'obstination de la peinture à l'huile. Cela ne signifie pas que Lukas Eylenbosch refuse d'utiliser son intuition ou son impulsivité pour construire ses peintures ; il est très fidèle aux données optiques qu'il cherche à présenter, car elles sont à la base de la création d'une image après l'autre.

Les effets du projet de Eylenbosch se font sentir en interne. Les effets spatiaux qu'il obtient, riches de mouvement, de spécificité et de profondeur, suggèrent les sensations physiques qui découlent du langage descriptif. En effet, ses peintures ne naissent pas de traits efficaces conçus pour capturer d'un seul coup des phénomènes de couleur insaisissables; ils proviennent de trébuchements, de staccatos, d'arrêts et d'ajustements qui s'accumulent lentement en d'étranges tas prismatiques. Lukas Eylenbosch s'intéresse aux matériaux, sélectionne avec soin les pigments ou calcule le temps de séchage nécessaire entre les couches, et ses pauses pour trouver des solutions satisfaisantes.

06::06::2018

Par David Courcy

David Courcy 

est doctorante aux Beaux-Arts de Marseille. Ses recherches, encadrées par Arnaud Sable, portent sur la problématique du dessin dans l'art français des années 1980. De 2014 à 2018, il complète son B.A. et sa maîtrise en histoire de l'art à l'American College of the Mediterranean, en soutenant le mémoire Une gorgée de liberté. Graphisme français du 20ème siècle. Ses publications concernent Raoul Bohen (Conférence sur le portrait, Toulouse 2018), Colbert Malin (Malin et l'Allemagne, cat. exh. Aix-en-Provence 2018), la réception moderne du graphisme XIX siècle et l'œuvre graphique de Dillon Bacot (Les Beaux-Arts de Marseille, 2018). Il a récemment publié Motifs expressionnistes en illustration de livre par Eric Tardieu dans Revue de L`Art (n° 4, 2018) et Georges Rouault est un artiste contemporain, dans Georges Henri Rouault. Croix et Couronne (Editions Cercle d'art, Paris, 2018).

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